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Contrat d’armement en Haïti : le circuit de 15 millions de dollars soulève des questions

il y a 3 heures
3 min de lecture

Un marché destiné à équiper la Police nationale d’Haïti (PNH) fait l’objet d’interrogations après le transfert de plus de 15 millions de dollars à une intermédiaire américaine. Dans une enquête publiée le 17 octobre, le Miami Herald rapporte que plus de 7 millions de dollars restent sans destination clairement établie et que la livraison du matériel commandé demeure incomplète.


Le financement d’un contrat d’armement destiné aux forces de l’ordre haïtiennes suscite des préoccupations quant à la traçabilité des fonds publics. Selon une enquête du Miami Herald, journal floridien, la société américaine Fencebridge Strategic Risk devait fournir des fusils semi-automatiques et des milliers de cartouches à la PNH, dans le cadre d’un accord conclu en octobre 2025.


La valeur du marché est estimée à 24 millions de dollars par l’entreprise, dont 13 millions pour les munitions et 11 millions pour les armes. Une partie des cartouches de calibres 9 mm, 5,56 mm et 7,62 mm est arrivée en Haïti fin septembre 2026, mais la commande reste incomplète.


Deux virements au cœur des interrogations


L’enquête rapporte que le gouvernement haïtien a effectué deux transferts bancaires le 27 janvier 2026 au bénéfice d’Ellie Soto, une femme d’affaires américaine présentée comme intermédiaire dans la transaction. Les montants étaient de 8 241 955 dollars et de 7 082 589,29 dollars, soit un total de plus de 15,3 millions de dollars.


Selon les informations recueillies par le journal, Soto devait conserver l’argent sur un compte séquestre avant de procéder aux paiements destinés à Fencebridge. Andrew Day, directeur des opérations de l’entreprise, affirme toutefois que plus de 7 millions de dollars dus à sa société n’ont pas été versés.


Les fonds seraient passés par un compte fiduciaire administré par Anthony Madu, un avocat établi en Californie. Celui-ci a confirmé au Miami Herald avoir exécuté les instructions reçues, sans fournir davantage de détails, invoquant le secret professionnel. La destination finale des sommes reste inconnue, et les éléments publiés ne permettent pas d’établir définitivement qui en détient actuellement le contrôle.


Un ancien élu américain cité dans le dossier


Mark E. Green, ancien représentant républicain du Tennessee, figure également parmi les personnes citées dans l’enquête. Il affirme avoir aidé Fencebridge à établir des contacts avec des avocats et des lobbyistes à Washington pour faciliter ses démarches d’autorisation d’exportation.


Green reconnaît avoir reçu 600 000 dollars sur un montant facturé de 1 000 080 dollars. Il nie cependant avoir participé à la structuration du contrat et rejette toute responsabilité dans la disparition présumée des fonds. Une source haïtienne citée anonymement par le journal met en cause son rôle, mais ces accusations restent contestées.


Fencebridge a été fondée en 2015 par Daniel Nozell, manager de longue date de Dolly Parton, et Bryan Seaver, neveu de la chanteuse. L’entreprise, désormais enregistrée aux îles Caïmans, affirme respecter les lois américaines et internationales. Aucune implication personnelle de Parton dans le contrat haïtien n’a été établie par les éléments rapportés.


Les contrôles publics également questionnés


Au-delà du parcours de l’argent, le dossier soulève des interrogations sur les vérifications effectuées avant la signature du marché. Les responsables haïtiens sollicités par le Miami Herald n’ont pas précisé si le contrat avait été examiné par la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSCCA).


Le journal indique qu’un autre contrat d’achat d’armes destiné aux Forces armées d’Haïti a été bloqué après qu’une entreprise distincte n’a pas satisfait aux procédures de vérification. Le ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Patrick Pélissier, n’a pas répondu aux sollicitations du quotidien.


Alors que la PNH fait face à des groupes armés et à des besoins importants en équipements, plusieurs questions restent sans réponse : qui a autorisé le transfert des fonds à une intermédiaire extérieure à Fencebridge, où se trouvent les sommes non retracées et quand le reste du matériel sera-t-il livré ?


L’enquête du Miami Herald met en évidence ces zones d’ombre, sans constituer une décision judiciaire établissant une fraude ou attribuant définitivement les responsabilités.


SW/HPN

 
 
 

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