QUAND HAÏTI RENAIT SOUS LES CRAMPONS DES GRENADIERS PAR UNE SOIRÉE ÉPIQUE DE 18 NOVEMBRE
- Marvens Pierre
- 19 nov. 2025
- 3 min de lecture

Il est de ces soirs où un peuple entier semble respirer d’un seul et même poumon, battre d’un seul et même cœur, se dresser comme jadis contre les aléas intempestifs de l’Histoire. La victoire des Grenadiers, 2–0 face au Nicaragua, scellant la qualification de notre chère Haïti pour la Coupe du Monde 2026, fait partie de ces soirs-là. Un éclat de lumière rare pourfendant cette obscurité pensée impénétrable dans laquelle est plongé trop longtemps notre quotidien, une braise ardente qui embrase la mémoire profonde d’une nation sculptée par des mains habiles dans le roc de la résistance.
On aurait dit un _bis repetita_ du 18 Novembre 1803, un autre Vertières dans l’âme : un moment où, malgré les plaies encore béantes du présent, les fils et filles d’Haïti se sont rappelés qu’ils sont un peuple qui ne recule devant rien, qu'impossible n'est pas haïtien. Sur le gazon, nos Grenadiers ont joué comme des dignes héritiers de l’audace de Capois-La-Mort, avançant sans vaciller, sans chanceler, défiant effrontément peur et fatalité. Deux (2) buts, deux (2) beaux buts, mais surtout deux (2) _kalòt marasa_ à la résignation.
Au-delà du score, ce match fut un rituel. Un service. Une levée d’âmes. Un renvoi. Une expédition. On aurait cru entendre les tambours du Petro, les appels de nos _lwa_ : Ogou Badagri, Nèg Mawon, Ezili Dantò, hurlant au-dessus des crampons, poussant nos guerriers du football à tenir la dragée haute, coûte que coûte.
Dans un pays où les rêves sont souvent enterrés plus vite qu'un _kout zeklè_ ou qu'un _mò gate_ , cette performance a l’allure d’un miracle patiemment façonné par la ténacité, l'orgueil, la fièvre de vaincre et l'émulation.
Mais ce miracle n’est pas un usufruit : il découle directement de la discipline, du travail acharné, de chaque goutte de sueur versée, et d’une obstination presque surnaturelle. Il résulte aussi de nos supporters infaillibles du 11e département : la diaspora, mais aussi d’une jeunesse qui se refuse de courber l’échine, et in fine d’un nation qui, même au tréfonds de ses décombres, tient mordicus à croire en un avenir radieux.
Aujourd’hui, Haïti s'est taillée une place de choix sur la scène planétaire : exploit inédit depuis 1974. Cinquante ans à faire antichambre
! Cinquante ans de tourments, de vicissitudes, de désillusions, d’exodes, de luttes sans fin et de recommencements. Et pourtant, nous voilà de retour, drapeau levé, haut, prêt à rappeler au monde entier que la première république noire de l’Histoire ne cessera jamais de se relever. Tel un phénix renaissant de ses cendres.
Cette qualification, c'est une qualification coup de poing. Une qualification gifle. Un coup de tonnerre dans un ciel serein. Une qualification qui surgit dans une période où le pays suffoque sous une insécurité tentaculaire, une crise politique chronique et un effritement social inconnu de mémoire d'hommes. Et pourtant, c’est précisément là toute sa symbolique : dans la nuit du 18 Novembre 2025, les Grenadiers ont rallumé un _boukan dife_. Un _boukan dife_ qui dit : “Ayiti la toujou.” Un boukan dife qui dit : “Ayiti p ap peri.”
Célébrons. Festoyons. Jubilons. Sans naïveté. Sans oublier nos défis. Sans sursoir leur résolution.
Célébrons parce que cette victoire n’est pas une distraction : c’est une démonstration ! Une démonstration que l’étincelle nationale brûle encore, que la fierté peut encore traverser les décombres et les ruines, que l’unité n’est pas un mythe mais une réalité à concrétiser.
Et au terme de ce triomphe historique, un message s’impose, clair, simple, urgent, ancestral : Grenadye, alaso !
Face à la crise monstrueuse, face à la violence meurtrière, face au désespoir accablant, faisons un bloc équipe, comme nos champions l’ont fait hier soir sur le terrain. Et que cette qualification devienne le déclic du sursaut national auquel tous aspirent. Car si nos joueurs ont montré une chose, c’est bien celle-ci : l’Union Fait la Force !
Jim EMMANUEL



















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