Haïti-Société-Insécurité : Où sont passés ces battants de la survie à Port-au-Prince ?
- 14 janv.
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Par Alix LAROCHE
Comme tant de petits métiers qui tendent à disparaître dans le pays avec notamment l’envahissement fracassant de la technologie, des activités de survie également tendent peu-à-peu à disparaître dans la société haïtienne, particulièrement dans la région métropolitaine de Port-au-Prince. Mais une disparition discrète, avec surtout le problème chronique de l’insécurité ; ponctuée d’une violence extrême qui pourchasse tant d’âmes de tant d’espaces ces dernières années, constate Haiti Press Network.
Quel Haïtien authentique se souvenant du début des années 2000, ne connaissait pas ces débrouillards qui, avec une brouette en bois, se battaient comme des forcenés sous les soleils de plomb, mais aussi sous la pluie, pour apporter du pain quotidien à la maison ? Ce sont des hommes forts de la République, qu’essayaient comme tant d’autres, de joindre les deux bouts de la chaîne dans un pays où les moins nantis sont censés livrés à eux-mêmes.
En effet, sont devenus de moins en moins visibles dans les parages des marchés publics, les porte-faix qu’utilisaient, il y a environ une vingtaine d’années, cette forme de véhicule à l’haïtienne à traction humaine, servant pour transporter de grandes quantités de marchandises mais également d’autres choses qui, parfois, dépassent même notre perspicacité.
Tout comme les cireurs de bottes qui sont aujourd’hui en quantité très réduite dans la région métropolitaine de Port-au-Prince où, selon les ouï-dire, nombreux sembleraient rejoindre les bases des gangs, le constat est évident pour ces porte-faix qui se servaient de ce véhicule particulier pour transporter des trucs, aux fins d’empocher quelques sous.
Jadis, ils étaient plus nombreux au centre commercial de Port-au-Prince qui se trouvait au centre-ville, devenu tristement depuis quelque temps, peu fréquentable à cause de la violence aveugle des groupes armés illégaux, disséminés partout dans l’aire métropolitaine.
Il faut dire que les mototaxis plus rapides quoique plus coûteux, prennent aussi le dessus. Elles diminuent complètement les activités des porte-faix, y compris ceux qui manipulent les brouettes en bois.
HPN a interrogé Bouboulin à cette fin. Bouboulin est un porte-faix qu’utilisait ces bouettes en bois, mais aujourd’hui qui prend position au marché informel à Pétion-Ville avec une brouette métallique.
« Avec le temps, les choses ont changé. Nos activités fonctionnent vraiment au rabais. Les motocyclettes qui envahissent le pays enlèvent aux manutentionnaires de petits jobs comme : le transport de sacs, de blocs, de ciments et autres qui étaient pourtant réservés aux porte-faix », a fait comprendre ce débardeur.
La situation difficile à laquelle Bouboulin est obligé de faire face de nos jours dans ce secteur, est aussi celle de tant d’autres personnes qui évoluaient dans ce métier.
« Les gens ne nous sollicitent presque pas notre service. Les motos sont présentes et peuvent aller avec plus de rapidité. Les gens, surtout les femmes, préfèrent d’ailleurs la moto à la brouette, le dos ou la tête des débardeurs », nous a raconté Bouboulin, édenté mais allègre et jovial. Nous l’avons interrogé debout appuyé sur sa brouette désormais métallique, mais plus petite que celle en bois qu’il manipulait autrefois avec dextérité, comme un véritable Goliath.
Texte : Alix Laroche/HPN
Photo : Archives Google












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