Journée Mondiale des Droits des Femmes : Esther Boucicaut Stanislas, le long et difficile combat d'une vie contre le VIH, la honte et l'injustice
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À l'occasion de la Journée mondiale des droits des femmes, le journaliste Eddy Trofort s'est entretenu avec Esther Boucicaut Stanislas. Une mémoire vivante, une héroïne discrète dont le courage a ébranlé les consciences en Haïti et bien au-delà dans la lutte pour la survie des personnes vivant avec le VIH (PVVIH).
Esther Boucicaut Stanislas est la première femme haïtienne à avoir révélé publiquement sa séropositivité. Son témoignage, à visage découvert, a fait d'elle une cible, mais aussi une légende que personne ne contestera. Souriante mais animée d'une énergie hors du commun, Esther, bien qu'octogénaire, parle de son combat avec la même détermination.
« Je ne pouvais pas rester spectatrice devant cette situation, Eddy », lance-t-elle.
Elle évoque ces décès en série des personnes atteintes du VIH alors qu'elle approchait elle-même de la phase terminale de sa vie. Il ne s'agissait pas de jouer « à qui perd gagne », mais de gagner en restant en vie. Esther a gagné son pari et permet aujourd'hui à plus de 150 000 PVVIH de continuer à vivre malgré la présence du virus dans leur sang.
Dans sa maison comme dans sa Fondation qui porte son nom (FEBS), les murs sont garnis de photos et de prix d'honneur. Installée aux États-Unis depuis quelques années, Esther Boucicaut Stanislas continue de prodiguer conseils et consultations, même à distance. Elle parle avec une douceur qui contraste avec la violence des combats qu'elle a menés. Pourtant, son engagement ne date pas d'hier. Bien avant que le VIH n'entre dans sa vie, elle était déjà une femme debout contre l'injustice.
« Je dirais que mon engagement remonte à plusieurs années, bien avant que je ne le nomme explicitement comme un militantisme féministe. J'ai toujours été sensible aux injustices vécues par les femmes et les jeunes filles. Grandir en voyant des femmes fortes, mais souvent contraintes par des réalités sociales, m'a profondément marquée. À un moment donné, je me suis simplement dit que je ne pouvais pas rester spectatrice », explique-t-elle.
Le jour où elle a brisé le silence
Nous sommes dans les années 1990. En Haïti, comme ailleurs, le VIH est un sujet tabou, une « maladie de l'autre », une punition. Les personnes vivant avec le VIH sont mises au ban de la société, rejetées par leurs familles, chassées de leurs emplois. C'est dans ce climat de peur et d'ignorance qu'Esther prend une décision que beaucoup jugent insensée : elle accepte de témoigner à visage découvert. Elle devient ainsi la première femme en Haïti à révéler publiquement son statut sérologique. Ce geste, d'un courage inouï, fait d'elle une pionnière. Mais aussi une cible.
« La communauté m'a toujours perçue comme une personne profondément engagée, parfois déterminée au point de susciter des réflexions plus profondes », lance fièrement la présidente de la FEBS.
Derrière cette phrase se cachent des années de calvaire. Esther a été la première à subir les foudres de la stigmatisation et de la discrimination, notamment au Rex Théâtre lors d'une festivité de jeunes. Rejetée, insultée, discriminée, elle a porté seule le poids d'une société qui préférait cacher le malade plutôt que de soigner le mal.
Aujourd'hui, plus de trente ans après ce premier cri, la donne a changé. Si le chemin est encore long, les PVVIH en Haïti lui vouent une reconnaissance éternelle. Grâce à cette femme courageuse, des milliers de personnes ont trouvé la force de se soigner, de parler, et surtout de vivre leur séropositivité dans une pleine positivité, comme elle aime à le dire.
« Oui, chaque fois que je vois une jeune femme reprendre du pouvoir sur sa vie, retrouver confiance en elle ou décider de poursuivre ses études malgré les obstacles, c'est une immense victoire. Ces moments rappellent que même de petites actions peuvent transformer des vies », souligne Esther Boucicaut Stanislas.
Mère, épouse, militante : une femme libre et épanouie
Esther se définit avant tout comme une femme libre. Libre dans sa pensée, responsable dans ses choix. Mère de deux magnifiques filles, elle a fait de la maternité un pilier de son combat. Michèle, devenue médecin pour prolonger l'œuvre de sa mère, et Stéphanie, travailleuse sociale, se consacrent comme elle aux personnes vulnérables dans les communautés.
« Être mère me rappelle chaque jour pourquoi il est essentiel de bâtir une société plus juste pour les générations futures. Je ne leur ai jamais imposé mes combats, mais je leur transmets des valeurs : le respect, la solidarité, l'empathie », confie-t-elle en parlant de ses filles.
Veuve à une époque, elle s'est remariée quelques années plus tard, trouvant dans son nouveau compagnon un allié précieux. Pour elle, la lutte pour l'égalité n'est pas qu'une affaire de femmes.
« Les hommes ont un rôle essentiel à jouer pour bâtir des relations plus justes et équilibrées », dit-elle en souriant.
À l'heure où les droits des femmes reculent dans certaines parties du monde, le message d'Esther Boucicaut Stanislas résonne comme un avertissement et une promesse :
« Le changement est possible, mais il demande persévérance, courage et solidarité. Les droits des femmes ne sont jamais définitivement acquis : ils doivent être défendus et renforcés chaque jour. C'est un devoir collectif. Si mon parcours peut inspirer d'autres femmes à croire en leur valeur et en leur pouvoir d'agir, alors ma lutte aura eu un sens », conclut Esther.
En cette Journée internationale des droits des femmes, il faut saluer la mémoire et le combat de celles qui, comme elle, ont transformé leur douleur en force, et leur différence en étendard. Par son courage, Esther Boucicaut Stanislas a ouvert la voie à des milliers d'autres. Elle est, sans conteste, une figure légendaire que personne n'oubliera.
Eddy Trofort
troforteddy@gmail.com509 47272491












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