Haïti-Gouvernance : Vers la restructuration des secteurs Culture et communication, l’État les prendra en main dixit Emmanuel Menard
- 19 avr.
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Le chantier est vaste, les attentes immenses. Invité de l’émission "Rencontre au Sommet", le ministre de la Culture et de la Communication a dévoilé samedi, les grandes lignes d’une réforme en profondeur visant à restructurer deux secteurs longtemps livrés à l’improvisation : la culture et la communication.
Au centre de cette refondation, un projet de décret-loi organique en préparation. Objectif : combler un vide juridique qui fragilise les institutions, désorganise les acteurs et freine toute politique publique cohérente. Le ministre se veut clair : sans cadre légal solide, aucune transformation durable n’est possible.

Dans cette dynamique, la culture n’est pas abordée comme un simple secteur administratif, mais comme l’expression vivante d’un peuple. Une vision qui fait écho à la pensée de Dany Laferrière, pour qui « ce qui reste après avoir tout oublié » constitue l’essence même de l’identité. Pour le ministre, il est illusoire de prétendre résoudre les problèmes culturels sans passer par cette expression profonde et authentique.
La réforme entend ainsi renforcer les deux piliers que sont la création et la diffusion, tout en redéfinissant le rôle des médias publics. La Radio et la Télévision Nationales d’Haïti (TNH), par exemple, sont appelées à évoluer avec un statut spécial,et s’adapter aux exigences du numérique, tout en assumant pleinement leur mission : informer et éduquer.
Entre diffuseur et créateur de contenus, la TNH et la RNH devront aussi s’inscrire dans une logique de respect des droits d’auteur et de la propriété intellectuelle, en collaboration avec les instances concernées, notamment le ministère du Commerce.
Sur le plan institutionnel, le ministre insiste sur une distinction essentielle : celle entre la fonction politique et la gestion administrative. « Le ministère fixe les orientations, mais ne s’immisce pas dans la gestion quotidienne », affirme-t-il, renvoyant cette responsabilité aux directions générales des institutions sous tutelle. Une clarification jugée nécessaire pour améliorer la gouvernance.
Cette volonté de structuration s’accompagne d’une série de mesures administratives : mise en place de conseils d’administration, encadrement du personnel, y compris ceux mobilisés les week-ends et jours fériés, et application stricte des règles de la fonction publique. En cas de manquement, la ligne sera sans ambiguïté : tolérance zéro. Des enquêtes sont d’ailleurs en cours sur certains dossiers sensibles.
Mais c’est sur la question du patrimoine que le ton se fait plus grave. Profanation de sites, dégradation environnementale, absence de contrôle : le constat est alarmant. Face à cette situation, le ministère souhaite la création d’une Brigade de gardes d’honneur et de protection du patrimoine, ainsi qu’un ensemble de projets structurants, dont la mise en place d’un musée dédié à Anténor Firmin et la protection de la Maison Dessalines à Marchand.
La gestion du Parc National Historique, incluant notamment la Citadelle et la Chapelle royale, seront également repensées. En collaboration avec les autorités locales, dont la mairie de Milot, l’État entend instaurer une gouvernance plus efficace, conciliant exigences légales, activités culturelles et valorisation touristique. Le ministre promet d’ailleurs, de prendre toutes les dispositions nécessaires pour éviter tout déclassement de ces sites classés.
Au-delà des infrastructures, c’est toute la question de l’identité culturelle qui est posée. Entre acculturation et perte de repères, Dr Ménard appelle à une revalorisation des traits culturels haïtiens, du costume traditionnel aux pratiques populaires. L’éducation populaire apparaît dès lors comme un levier incontournable pour reconnecter la population à son héritage.
Dans cette optique, plusieurs initiatives sont annoncées : un inventaire national des infrastructures culturelles, l’identification des professionnels du secteur, la création d’une carte d’identité professionnelle et l’instauration de permis d’opérations culturelles. Autant de mesures visant à structurer un domaine encore largement informel.
À travers cette réforme, Dr Emmanuel Ménard entend poser les bases d’une gouvernance moderne, cohérente et adaptée aux réalités du pays. Reste désormais à transformer les intentions en actions. Car en matière de culture comme de communication, les promesses n’ont de valeur que si elles résistent à l’épreuve du réel.
YPL-HPN












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