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Haïti-Bilan Sécurité : en 2025, la PNH entre actions musclées et fragilités persistantes

  • 29 déc. 2025
  • 4 min de lecture


Sur le plan sécuritaire, l'année 2025 a été émaillée par un conflit de pouvoir entre l'ex-directeur de la PNH, Normil Rameau, et le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, chef du CSPN. Ce dernier a finalement obtenu gain de cause avec le remplacement de Rameau par Jonas Vladimir Paraison. Le nouveau patron de la police a aussitôt promis une série d'opérations pour reprendre le Centre-Ville de Port-au-Prince. Cependant, cette annonce n'a pas empêché les gangs de renforcer et d'étendre leur occupation sur d'autres territoires, soulignant la persistance et l'ampleur de la menace. Retour sur les faits marquants de l'année 2025 sur le plan sécuritaire.


Par Mederson Alcindor



La Police Nationale d’Haïti (PNH) a bouclé l’année 2025 sur un bilan contrasté, marqué à la fois par des opérations d’envergure contre les groupes armés, d’importantes saisies d’armes et de munitions, mais aussi par des pertes humaines significatives et des attaques répétées visant ses installations. Dans un contexte sécuritaire dégradé, l’institution peine à reprendre durablement le contrôle de plusieurs zones stratégiques du pays.


Arrestations et saisies à l’échelle nationale


Lors d’une conférence de presse tenue le jeudi 6 novembre 2025, l'actuel porte-parole de la PNH, l’inspecteur divisionnaire Garry Desrosiers, a présenté le bilan des opérations conduites entre le 1er octobre et le 6 novembre dans les dix départements du pays. Selon les données communiquées, 125 personnes ont été interpellées pour diverses infractions, dont des cas de vol, de viol et d’autres crimes graves.


Ces opérations ont permis la saisie de plus d’une dizaine d’armes à feu, de plusieurs centaines de cartouches et de neuf véhicules. La Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) a également mis la main sur 5,7 millions de gourdes, ainsi que sur du matériel appartenant à un réseau criminel, notamment sept ordinateurs portables, trois tablettes et six téléphones. Durant cette période, la police a recensé sept suicides, six cas de viol sur mineurs et quatre accidents de la circulation.



Dans le département de l’Ouest, la PNH a intensifié ses opérations contre plusieurs groupes armés, en particulier la coalition criminelle « Viv Ansanm ». Le porte-parole adjoint de l’institution à l’époque, Lionel Lazarre, a indiqué que les forces de l’ordre poursuivent activement les chefs de cette coalition.


Des attaques ciblant la police, selon le RNDDH


En dépit de ces opérations, la PNH demeure régulièrement la cible de groupes armés. Dans un rapport couvrant la période de juin 2024 à juin 2025, le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) recense au moins dix attaques contre des patrouilles policières ainsi que contre des infrastructures policières et pénitentiaires.


Parmi les incidents signalés figurent la démolition du sous-commissariat de Terre-Rouge le 24 mars 2025, l’attaque du commissariat et l’incendie de la prison civile de Mirebalais dans la nuit du 30 au 31 mars, ainsi que la destruction complète du sous-commissariat de Saut-d’Eau le 7 avril.


À Kenscoff, une attaque contre des agents de l’unité POLIFRONT a fait au moins cinq blessés, un policier porté disparu et entraîné l’incendie de trois véhicules de service. Le RNDDH fait également état de 33 policiers tués entre juin 2024 et juin 2025, dont près de la moitié au cours du premier semestre 2025.


Trafic d’armes et de stupéfiants : des coups de filet notables


Dans le département du Centre, la PNH a renforcé sa présence, notamment à Mirebalais, pour lutter contre le trafic d’armes et de drogue. Le 9 mars, un minibus suspect a été intercepté à Triano avec à son bord trois armes longues, plus de 10 500 cartouches, des chargeurs et un véhicule. Les deux occupants ont été lynchés par une foule en colère avant l’intervention des forces de l’ordre.


L’arrestation de Pierre Crilexe, alias « Ti Papi », le 7 mars à Mirebalais, a constitué un autre coup dur porté aux réseaux de trafic. Quatre pistolets Glock, un fusil M4, des munitions et 300 000 gourdes ont été saisis. Dans le Sud-Est, entre janvier et février, 56 personnes ont été arrêtées pour divers crimes, tandis que plus de 90 tonnes de marijuana ont été confisquées à Séguin.



Plusieurs opérations majeures ont été menées à l’Arcahaie, à Pont-Sondé et à Torcel. À l’Arcahaie, la PNH a tenté de reprendre le contrôle de quartiers occupés par le gang « Taliban », sans toutefois communiquer de bilan chiffré. À Pont-Sondé, le massacre du 3 octobre, attribué au gang « Gran Grif », a fait environ 115 victimes, malgré la présence ponctuelle des forces de sécurité.


À Torcel, dans la commune de Tabarre, une opération conduite en octobre a permis de neutraliser plus de 20 bandits et de saisir 15 armes à feu, dont 11 de grand calibre. Cependant, la diffusion de vidéos montrant un blindé de la force multinationale incendié a ravivé les doutes sur l’impact réel et durable de ces interventions.


Une police confrontée à ses limites


Tout au long de l’année 2025, la PNH a maintenu la pression sur les groupes armés, mais reste confrontée à de sérieuses contraintes. Le manque d’équipements, l’insuffisance de moyens logistiques et la puissance de feu des gangs compliquent les opérations, y compris celles menées avec l’appui de la Mission multinationale de soutien à la sécurité (MMSS). Le bilan de l’année met en évidence une institution engagée sur plusieurs fronts, mais fragilisée par des pertes humaines importantes et un environnement sécuritaire toujours instable.


MA/HPN

 
 
 

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