Concours National des Jeunes Écrivains Émergents : la relève littéraire haïtienne à l'honneur pour sa 3e édition
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Par Blenda MALANDE
Si certains concours séduisent par leur éclat et rassemblent les foules, le Concours National des Jeunes Écrivains Émergents (CNJEE) est de ceux qui redonnent aux mots leur pouvoir. Derrière le CNJEE se trouve un comité indépendant, animé par Minouche Sénéphard, journaliste, écrivaine et promotrice culturelle de longue date. Autour d'elle gravite une équipe de bénévoles qui se répartissent les tâches, souvent invisibles, qui font tenir un projet : la communication, la logistique, l'organisation du jury, l'administration. Rien, dans cette aventure, ne repose sur une institution publique. Tout, ou presque, tient à la volonté d'une poignée de passionnés convaincus que la littérature haïtienne mérite mieux qu'un silence poli.
Une génération invitée à prendre la plume
Le concours cible une tranche d'âge précise : les 18-35 ans, résidant en Haïti, pour qui l'écriture n'est pas un simple passe-temps mais une manière de dire le monde. Ce choix traduit une conviction que partagent les organisateurs : c'est souvent à cet âge que se joue, ou se perd, la vocation d'écrire. Faute d'espace pour se former et se faire connaître, combien de plumes prometteuses finissent par se taire ?
Le CNJEE tente d'apporter une réponse concrète. Promouvoir l'écriture créative, encourager la production de nouvelles originales, repérer des talents encore inconnus, donner à la lecture et à la littérature une place plus vivante dans le quotidien : les objectifs affichés se déclinent presque comme un programme de long terme. Le concours ne se contente pas de récompenser un texte gagnant un soir de gala ; il cherche à accompagner ses participants au-delà de la compétition, en les aidant à progresser dans leur pratique de l'écriture.
Concrètement, la compétition se joue en deux étapes. Vient d'abord la phase de sélection : les candidats soumettent leur texte via un formulaire, les manuscrits sont vérifiés puis évalués par un jury, qui n'en retient que dix. Vient ensuite la finale, où ces dix textes sont présentés une seconde fois devant le jury pour une évaluation plus fine, celle qui déterminera le classement définitif. Deux filtres, donc, pour ne garder que l'essentiel — et surtout, deux occasions pour les auteurs sélectionnés de se faire remarquer.
« Fuir pour survivre » : un thème qui parle à tout un pays
Pour cette édition 2026, le thème imposé ne laisse guère de place à l'abstraction : « Fuir pour survivre ». Un intitulé qui, en Haïti, n'a rien de théorique. Ces dernières années, des milliers de familles ont dû quitter leur quartier, parfois leur pays, pour échapper à l'insécurité ou à la précarité. Le CNJEE demande à ses candidats de transformer cette réalité, souvent vécue de près ou de loin, en récit littéraire.
Un incipit obligatoire vient encadrer l'exercice :
« La nuit où j'ai décidé de fuir, je n'ai emporté qu'un sac et quelques souvenirs. Le reste appartenait déjà au passé. »
Loin d'enfermer l'imagination des participants, cette phrase leur offre un point de départ commun à partir duquel chacun pourra emprunter sa propre direction. Certains y verront un exil forcé, d'autres une rupture plus intime ; le thème laisse la porte ouverte à des lectures très différentes de ce que signifie « survivre ».
Le jeu en vaut la chandelle : le premier prix est doté de 1 000 dollars américains, le deuxième de 600 dollars, et le troisième de 400 dollars. À ces montants s'ajoutent des trophées et des ouvrages littéraires, remis aux lauréats comme autant d'encouragements à poursuivre leur parcours d'écrivain plutôt que de s'arrêter à ce premier succès.
Édition après édition, le CNJEE s'impose comme un jalon dans le calendrier littéraire haïtien modeste par la taille, mais ambitieux par ce qu'il porte. En donnant la parole à une jeunesse trop souvent réduite au silence, le concours fait le pari qu'un thème aussi douloureux que « fuir pour survivre » peut aussi devenir, entre les mains de ses jeunes auteurs, un motif d'espérance.
Blenda Malande








