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Le Népal sous haute tension: l'armée reprend le contrôle après la démission du Premier ministre et des émeutes meurtrières


L'armée népalaise a repris mercredi le contrôle des rues de la capitale Katmandou, au lendemain d'une journée d'émeutes qui ont contraint le Premier ministre Khadga Prasad Sharma Oli à démissionner, après une répression sanglante de manifestations ayant fait au moins 19 morts et des centaines de blessés.


Les troubles, qui ont embrasé le cœur politique du pays himalayen, ont débuté lundi lorsque des milliers de jeunes, majoritairement de la génération Z, ont envahi les rues de Katmandou et d'autres villes pour dénoncer un blocage des réseaux sociaux imposé par le gouvernement et protester contre la corruption endémique des élites politiques.


Le gouvernement d'Oli, au pouvoir depuis 2024, avait ordonné le 4 septembre la fermeture d'une vingtaine de plateformes numériques, dont Facebook, X (ex-Twitter), YouTube et WhatsApp, pour non-respect d'une obligation d'enregistrement auprès des autorités. Cette mesure, justifiée par la lutte contre la désinformation et les discours de haine, a été perçue comme une atteinte à la liberté d'expression, dans un pays où plus de 90 % des 30 millions d'habitants sont connectés à internet.


Les manifestations, initialement pacifiques, ont dégénéré lorsque la police a ouvert le feu sur les protestataires tentant d'approcher du Parlement fédéral. Selon des témoins et des rapports de l'ONU, les forces de l'ordre ont utilisé des balles réelles, des gaz lacrymogènes et des canons à eau, faisant au moins 19 morts dont plusieurs adolescents en uniforme scolaire et plus de 400 blessés. "Je n'ai jamais vu un tel chaos à l'hôpital", a témoigné Ranjana Nepal, porte-parole de l'hôpital civil de Katmandou, qui a reçu plus de 150 victimes.


Mardi, la colère a explosé: défiant un couvre-feu, les manifestants ont incendié le Parlement, la Cour suprême, le siège du gouvernement à Singha Durbar et les résidences de plusieurs ministres et parlementaires. Des images spectaculaires montraient des jeunes dansant autour des flammes, scandant "Fin à la corruption !" et "Libérez les réseaux sociaux !". Le ministre de l'Intérieur, Ramesh Lekhak, a démissionné en soirée, suivi par Oli lui-même, qui a soumis sa lettre de renonciation au président Ram Chandra Paudel, invoquant la nécessité d'une "solution politique".


Le Premier ministre, âgé de 73 ans et figure du Parti communiste népalais (UML), incarne pour beaucoup la stagnation politique du pays, miné par l'instabilité depuis la fin de la monarchie en 2008. Revenu au pouvoir pour la cinquième fois en 2024, Oli est accusé de népotisme et d'échec à lutter contre la corruption, alors que le revenu par habitant n'atteint que 1 300 dollars et que des millions de jeunes émigrent pour trouver du travail.


En réponse à l'escalade, le gouvernement a levé le blocage des réseaux sociaux mardi matin, mais cela n'a pas suffi à apaiser la rue. L'armée, déployée en urgence, a pris le relais de la police pour sécuriser les sites stratégiques. Le chef d'état-major, le général Ashok Raj Sigdel, a diffusé un message vidéo exhortant à "revenir au calme et engager un dialogue", avertissant que "toutes les institutions de sécurité, y compris l'armée, sont prêtes à prendre le contrôle si nécessaire".


Le président Paudel a invité les leaders des protestations pour des discussions, tandis que le ministère de la Santé a lancé un appel au don de sang pour soigner les blessés. L'aéroport international Tribhuvan de Katmandou reste fermé indéfiniment, perturbant les vols et forçant des milliers de voyageurs dont des ressortissants indiens et européens à reporter leurs déplacements. Des frontières avec l'Inde ont été le théâtre d'incendies de postes policiers, et des écoles ont été fermées jusqu'à vendredi.


Sur le plan international, l'ONU a exprimé sa "profonde préoccupation" et appelé à une enquête "impartiale et transparente" sur les violences policières. Le secrétaire général António Guterres a salué l'émergence démocratique du Népal tout en exhortant à la retenue. Le Haut-Commissariat aux droits de l'homme (HCDH) a dénoncé l'usage "disproportionné" de la force, tandis que Human Rights Watch a qualifié la répression de "mépris total pour la vie des citoyens". L'Inde, principal partenaire du Népal, a conseillé à ses ressortissants de reporter leurs voyages et activé une ligne d'urgence pour les évacuations.


Mercredi, un semblant de normalité revenait à Katmandou sous la surveillance accrue des troupes, mais la tension persiste. Les jeunes manifestants, galvanisés par les réseaux sociaux qu'ils ont reconquis, exigent désormais des réformes profondes: poursuites contre les corrompus et un gouvernement plus inclusif. "Ce n'est pas fini", a déclaré à l'AFP une étudiante de 20 ans, Ikshama Tumrok, porteuse d'une pancarte "Jeunesse contre la corruption". Le Népal, fragile géant de l'Himalaya, entre dans une phase d'incertitude politique, où la rue pourrait bien redessiner les contours de sa démocratie naissante.



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