Haïti-Élections : face au désintérêt de la population, Clarens Renois appelle à restaurer la confiance et la sécurité

Le processus électoral haïtien peine à susciter l’adhésion de la population. Invité ce jeudi 29 octobre à l’émission « Face à la Nation » sur la Radio National, le chef du parti UNIR, Clarens Renois, a dressé un constat préoccupant de la situation sociopolitique du pays et des nombreux obstacles qui compromettent, selon lui, la réussite des prochaines élections.
Pour le dirigeant politique, le faible niveau d’inscription des électeurs traduit avant tout une crise de confiance profonde entre la population et le système électoral. Après environ trois mois depuis le lancement de la campagne d’inscription, moins d’un million de citoyens auraient effectué les démarches nécessaires pour s’inscrire, un chiffre que M. Renois juge insuffisant au regard du nombre potentiel d’électeurs en Haïti.
Selon Clarens Renois, ce désintérêt ne doit pas être interprété comme une simple indifférence politique. Il serait plutôt le résultat du désenchantement accumulé au fil des années, marqué par des élections contestées, des promesses non tenues et des expériences politiques ayant profondément déçu une partie de la population.
« Pendant environ trois mois du lancement du processus d’inscription des électeurs, moins d’un million d’électeurs se sont inscrits. Ce n’est pas représentatif en termes de statistiques du nombre de votants en Haïti », explique-t-il.
Cette situation représente également un défi majeur pour les partis politiques engagés dans le processus électoral. Ceux-ci doivent mobiliser un nombre important de membres pour satisfaire aux exigences liées à leur participation.
Pour le chef de l’UNIR, les formations politiques qui ne sont pas responsables de la crise actuelle se retrouvent néanmoins pénalisées par le climat général de méfiance qui règne dans le pays. Autrement dit, les acteurs politiques qui veulent participer au jeu démocratique paieraient, eux aussi, le prix de la crise de confiance provoquée par les dérives de certains secteurs politiques.
Clarens Renois s’est également montré critique à l’égard du Conseil électoral provisoire (CEP), notamment concernant ses hésitations autour du cadre légal et des échéances électorales.
La modification du calendrier électoral soulève, selon lui, de sérieuses interrogations quant à la capacité des institutions à respecter les prochaines étapes du processus. Le responsable politique estime notamment que l’organisation des élections ne peut être dissociée de deux conditions fondamentales : la sécurité et la stabilité politique.
Le nouveau calendrier, qui prévoit notamment des activités de campagne à partir d’avril 2027, risque ainsi de se heurter à la réalité du terrain si les conditions sécuritaires ne sont pas substantiellement améliorées.
« Ce nouveau calendrier électoral récemment publié, qui prévoit le déroulement des campagnes au mois d’avril 2027, ne peut pas être effectif si la sécurité n’est pas rétablie sur tout le territoire national », déclare M.Renois.
Au-delà de la question sécuritaire, le candidat à la présidence du parti UNIR met en doute la capacité technique du système électoral à absorber efficacement les résultats du scrutin.
Il s’interroge notamment sur les moyens dont disposera le Centre de tabulation pour traiter et vérifier les données électorales dans un temps de record. Pour lui, l’organisation d’élections crédibles ne repose pas uniquement sur la publication d’un calendrier : elle nécessite également des infrastructures modernes, des équipements adaptés et des capacités techniques suffisantes.
Dans cette perspective, Clarens Renois plaide pour une modernisation en profondeur du système électoral haïtien. L’objectif serait de mettre en place un mécanisme plus fiable, plus transparent et moins vulnérable aux pratiques de corruption.
Interrogé sur la disposition du décret électoral exigeant la démission de certains fonctionnaires publics avant leur inscription dans la course électorale, Clarens Renois a appelé au respect des règles établies. Il estime toutefois que les institutions électorales et les dirigeants au pouvoir ont également la responsabilité de créer un climat de confiance permettant aux citoyens désireux de se porter candidats de croire en l’équité du processus.
Pour le dirigeant de l’UNIR, les acteurs politiques doivent néanmoins faire preuve de responsabilité et respecter les principes établis, notamment ceux qui découlent des acquis démocratiques.À travers ses différentes interventions, Clarens Renois met finalement en lumière un problème qui dépasse largement la seule question du calendrier électoral : comment convaincre une population désabusée que le vote peut encore produire un changement réel ?
La faible participation aux inscriptions constitue à cet égard un signal politique majeur. Elle révèle une fracture entre les institutions électorales et une partie de la population, fracture que la seule organisation matérielle d’un scrutin ne suffira pas à combler. Le défi des prochaines élections sera donc double : rétablir la sécurité pour rendre le vote possible et restaurer la confiance pour rendre le vote crédible.
Sans ces deux conditions, le risque est de voir Haïti organiser des élections sans parvenir à mobiliser suffisamment de citoyens autour du processus démocratique. Et dans un pays déjà fragilisé par les crises successives, une faible participation pourrait davantage alimenter les contestations qu’elle ne contribuerait à légitimer les futures institutions.
Judelor Louis Charles












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