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Haïti : près de 17 000 survivantes de violences sexuelles prises en charge par MSF en dix ans

  • etrof16
  • il y a 29 minutes
  • 3 min de lecture


Médecins Sans Frontières (MSF) a présenté ce mercredi 28 janvier 2026, à Pétion-Ville son nouveau rapport intitulé « Violences sexuelles et sexistes à Port-au-Prince ». L’organisation y dresse un constat alarmant sur l’ampleur et la brutalité croissantes des violences sexuelles qui touchent principalement les femmes et les filles dans la capitale haïtienne.


Selon MSF, ces violences ont fortement augmenté depuis 2021 et sont désormais utilisées de manière systématique par des groupes armés comme un moyen de contrôle et d’intimidation de la population. Cette situation s’inscrit dans un contexte marqué par l’effondrement des services publics, la fermeture de nombreux hôpitaux et l’aggravation de l’insécurité.


Le rapport s’appuie sur dix années de données recueillies à la clinique Pran Men’m, créée par MSF en 2015 et spécialisée dans la prise en charge des survivantes de violences sexuelles et sexistes. Entre 2015 et 2025, près de 16 999 personnes y ont reçu des soins médicaux et psychosociaux, dont 98 % de femmes et de filles.


« Depuis 2021, le nombre de patientes prises en charge a presque triplé, passant d’une moyenne de 95 admissions mensuelles à plus de 250 en 2025 », a indiqué Diana Manilla Arroyo, cheffe de mission de MSF en Haïti. Elle souligne que cette hausse reflète directement l’intensification de la violence armée dans la région métropolitaine.


Le rapport montre également que les survivantes sont de plus en plus jeunes et souvent issues des populations déplacées, vivant dans des camps précaires. Près d’un cinquième des personnes suivies à Pran Men’m déclarent avoir subi des agressions à plusieurs reprises.


MSF note par ailleurs une augmentation de la brutalité des violences. Depuis 2022, 57 % des patientes affirment avoir été agressées par des membres de groupes armés, souvent lors d’attaques collectives. Plus d’une centaine de survivantes ont déclaré avoir été victimes d’agressions impliquant dix auteurs ou plus.


L’organisation met aussi en avant les difficultés d’accès aux soins. En raison de l’insécurité, de la stigmatisation et du manque d’informations, seules un tiers des survivantes arrivent à consulter dans les trois jours suivant l’agression, délai crucial pour prévenir certaines infections. Près de 60 % ne peuvent pas non plus se présenter dans les cinq jours nécessaires pour éviter une grossesse non désirée.


Au-delà de la prise en charge médicale, MSF déplore l’insuffisance des services d’accompagnement non médicaux, tels que les abris sécurisés, la relocalisation ou l’aide à la réinsertion. L’organisation affirme être souvent incapable d’orienter les survivantes vers des structures adaptées, faute de ressources disponibles.


Prenant la parole au nom de la ministre, Hermanex Gonzague Désir, coordonnateur au Bureau de la ministre à la Condition féminine et aux Droits des femmes, a salué le travail de MSF tout en reconnaissant l’ampleur du problème, notamment les risques sanitaires accrus, dont la transmission du VIH, auxquels sont exposées les victimes. Les autorités annoncent que des dispositifs publics de prise en charge seront mises en place dans les départements les plus touchés, notamment l’Ouest, l’Artibonite, la Grand’Anse et le Centre, d’ici le mois de mars.


Dans un contexte où plus de 60 % des hôpitaux publics de Port-au-Prince sont fermés ou gravement affectés, la clinique Pran Men’m reste l’un des rares centres encore fonctionnels pour les victimes de violences sexuelles liées aux gangs.


MSF appelle à une réponse coordonnée des autorités haïtiennes, des bailleurs internationaux et des agences des Nations unies. L’organisation recommande un renforcement durable des financements pour les services de santé et de protection, ainsi qu’une meilleure formation du personnel médical, policier et judiciaire.


« Il est indispensable de reconnaître le caractère généralisé de ces violences et leur utilisation comme outil de domination. Sans cela, les survivantes resteront sans protection réelle et sans perspectives de rétablissement », a conclu Diana Manilla Arroyo.


Mederson Alcindor

Haiti Press Network (HPN)

 
 
 

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