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Haïti-Massacre de Kenscoff : l'OIDG dénonce l'impuissance de l'État et interpelle les autorités à l'approche des élections

  • il y a 12 minutes
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L'Observatoire International pour la Démocratie et la Gouvernance (OIDG) a publié ce mercredi une note de condamnation sans équivoque à la suite du massacre perpétré à Kenscoff dans la nuit du 23 au 24 août 2026.


 Dans un communiqué signé par son président, Ambroise Guillaume, l'organisation dénonce avec la plus ‘’grande fermeté’’ une attaque d'une ‘’extrême cruauté’’ qui a coûté la vie à plusieurs dizaines de personnes, fait de nombreux blessés et provoqué l'incendie de maisons, contraignant des familles entières à fuir leurs foyers. Plus grave encore, plusieurs dizaines de femmes et d'enfants ont été pris en otage par les groupes armés, une escalade que l'OIDG qualifie d'« extrêmement préoccupante ».

 

Kenscoff, commune des hauteurs de Port-au-Prince réputée pour sa relative quiétude, a basculé dans l'horreur. Selon le bilan provisoire, au moins 47 personnes ont perdu la vie, dont cinq enfants, tandis que plus de cinquante autres ont été enlevées. Parmi les victimes figurent 22 personnes exécutées dans une église où elles s'étaient réfugiées, ainsi que deux employés gouvernementaux.

 

Le maire de Kenscoff, Jean Massillon, a décrit une scène de carnage et d’horreur : « Les bandits sont entrés dans un camp de déplacés situé dans une église. Ils ont exécuté plusieurs personnes. On recense des morts et des dizaines de blessés. Certaines personnes ont été enlevées ». Les assaillants ont également incendié 25 maisons, semant la terreur parmi une population déjà vulnérable.

 

L'un des aspects les plus inquiétants de cette attaque est la prise en otage de plus de 50 personnes. Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, le chef de gang, qui se présente comme « Izo 2 » ou « Didi », agissant au nom du puissant chef criminel Johnson André Alias Izo a menacé le directeur de la Police Nationale d'Haïti, Vladimir Paraison : « Paraison, si l'un de nos soldats est blessé, je les tuerai tous ».

 

Selon des analystes, cette menace place les autorités devant un dilemme insoutenable : si les forces de l'ordre n'interviennent pas, elles échouent à protéger les otages ; si elles interviennent et que des otages meurent, les gangs pourront en tenir l'État pour responsable. Ce chantage constitue un piège tactique qui paralyse l'action des forces de sécurité.

 

L'OIDG, dans sa note, insiste sur ce point crucial que la vie et l'intégrité des personnes retenues doivent devenir une priorité absolue pour les autorités.

 

La note de l'OIDG ne se limite pas à une condamnation morale. Elle interpelle directement les autorités haïtiennes, le Gouvernement, le Conseil supérieur de la Police nationale (CSPN) et la Police nationale d'Haïti (PNH), sur leurs responsabilités fondamentales. L'organisation adresse plusieurs demandes au Gouvernement notamment la protection immédiate des populations de Kenscoff et des zones environnantes et la libération des personnes retenues en otage.


 

L'OIDG pose une question qui résonne comme un cri d'alarme : Combien de massacres faudra-t-il encore avant que le droit à la vie et à la sécurité des citoyens soit réellement garanti ?  Cette interrogation met en lumière une réalité accablante où les autorités peinent à exercer leur autorité sur l'ensemble du territoire, laissant des zones entières sous la coupe des gangs.

 

L'OIDG établit un lien direct entre cette tragédie et l'échéance électorale à venir. À quelques mois des élections générales prévues le 13 décembre 2026.

 

Le massacre de Kenscoff, par sa brutalité et son ampleur, jette une ombre supplémentaire sur la faisabilité et la crédibilité du processus électoral. L'OIDG appelle donc les autorités à faire du rétablissement de la sécurité une « condition fondamentale à l'exercice des droits politiques et à la tenue d'élections crédibles ».


L'OIDG appelle également « la communauté internationale à renforcer son soutien concret aux institutions haïtiennes de sécurité, dans le respect de la souveraineté nationale et avec une obligation claire de résultats. Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a d'ailleurs fermement condamné l'attaque, soulignant que « les attaques incessantes des gangs contre les communautés et les pertes en vies humaines qui en découlent soulignent la dimension alarmante de la situation sécuritaire en Haïti ».

 

Ce massacre intervient dans un contexte de crise multidimensionnelle sans précédent. La violence des gangs a provoqué le déplacement d'un nombre record de 1,5 million de personnes à travers le pays. Entre janvier et juin 2026, plus de 3 050 personnes auraient été tuées, près de 800 viols (dont 87 % de viols collectifs) ont été rapportés.

 

La crise sécuritaire s'ajoute à une crise politique et institutionnelle profonde. L'absence d'élections depuis 2016, la vacance du pouvoir législatif et la faiblesse chronique des institutions ont créé un vide que les gangs ont habilement comblé.

 

L'OIDG conclut sa note par une phrase qui résume l'urgence de la situation : « Kenscoff ne peut devenir un massacre de plus que l'on condamne aujourd'hui pour l'oublier demain. » L'organisation rappelle que la protection de la vie humaine est la première responsabilité de l'État. À Kenscoff, comme ailleurs, cette responsabilité a été tragiquement bafouée. Les familles endeuillées, les blessés, les otages et les déplacés attendent aujourd'hui des réponses et des actes. Leur sort est un test pour les autorités haïtiennes et pour la communauté internationale, et la crédibilité du processus électoral de décembre 2026 en dépend.

 

Eddy TROFORT

HPN

 
 
 

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