Haïti-Corruption : un rapport du RHAJAC met en lumière l'enracinement de l'impunité dans les institutions
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Le dernier rapport du Réseau haïtien des journalistes anti-corruption (RHAJAC) dépasse le simple inventaire des affaires de corruption recensées au cours des derniers mois. À travers ce document de référence intitulé « Impunité, corruption, criminalité et recyclage institutionnel », couvrant la période de janvier 2025 à juillet 2026, l'organisation propose une lecture critique de la gouvernance publique en Haïti.
Son constat est sans appel : la corruption perdure moins en raison de l'absence d'enquêtes que de l'incapacité des institutions judiciaires à transformer les investigations en poursuites et en condamnations.
Pour le RHAJAC, le véritable problème réside désormais dans la banalisation de l'impunité. Les rapports d'organismes de contrôle se multiplient, les enquêtes administratives sont menées, des avis de recherche sont émis et des mandats de comparution délivrés.
Pourtant, les procès portant sur le fond des dossiers restent rares, voire inexistants. Cette situation, estime le Réseau, alimente la perception selon laquelle les hauts responsables de l'État échappent systématiquement à la justice.
L'affaire de la Banque Nationale de Crédit (BNC) est présentée comme l'une des illustrations les plus marquantes de cette réalité. Le rapport rappelle que l'Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) avait recommandé l'engagement de poursuites après avoir relevé de graves présomptions de corruption liées à une demande présumée de cent millions de gourdes impliquant les anciens conseillers-présidents Smith Augustin, Emmanuel Vertilaire et Louis Gérald Gilles.
Toutefois, malgré ces recommandations et les actes de procédure engagés, aucune évolution judiciaire substantielle n'était intervenue à la date de clôture du rapport.
Selon le RHAJAC, cette inertie judiciaire ne constitue pas un cas isolé, mais le symptôme d'un système où la reddition de comptes demeure largement théorique.
Le document passe également en revue plusieurs autres dossiers emblématiques, notamment ceux concernant l'ancien directeur général du Fonds National de l'Éducation (FNE), Jean Ronald Joseph, l'ancien sénateur Nenel Cassy, l'ancien député Alfredo Antoine, l'ancien directeur général de l'Office National d'Assurance-Vieillesse (ONA), Jemley Marc Jean-Baptiste, l'ancienne coordonnatrice du Programme National de Cantines Scolaires (PNCS), Phanese Laguerre, l'ancienne directrice générale du Service National de Gestion des Résidus Solides (SNGRS), Magalie Habitant, ainsi que l'ancien directeur de la Caisse d'Assistance Sociale (CAS), Elionor Devallon.
Sans se prononcer sur la culpabilité des personnes citées, le rapport souligne que la lenteur des procédures et l'absence de décisions judiciaires définitives entretiennent une profonde méfiance envers les institutions judiciaires et les mécanismes de contrôle.
L'un des concepts centraux développés par le RHAJAC est celui du « recyclage institutionnel ».
L'organisation dénonce le maintien ou le retour à des postes de responsabilité de personnalités mises en cause dans des affaires de corruption ou de mauvaise gouvernance.
Pour le Réseau, dirigé par Djonavy Michel, cette pratique compromet les efforts de réforme de l'administration publique et renforce le sentiment que les accusations, même sérieuses, n'ont que peu de conséquences sur les carrières des responsables publics.
Depuis plusieurs années, les institutions nationales de contrôle et les partenaires internationaux produisent des rapports détaillés et formulent des recommandations en matière de transparence et de bonne gouvernance.
Cependant, ces initiatives peinent à produire des effets concrets au niveau judiciaire. Cette rupture entre le travail d'enquête et la sanction judiciaire fragilise progressivement la crédibilité de l'État de droit.
Le rapport établit également un lien entre la corruption et la crise sécuritaire qui frappe le pays. Selon le RHAJAC, le détournement des ressources publiques, l'affaiblissement des institutions de sécurité et les dysfonctionnements du système judiciaire favorisent indirectement l'expansion des groupes armés et aggravent la crise humanitaire.
DO/HPN








