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Haiti-Diaspora : Entretien avec Roland Joseph autour de la situation des Haïtiens en RD


Roland Joseph est l'initiateur du mouvement Haitian Dignity Matters. Il est président d'un groupe de travail sur les questions d'Amérique latine et des Caraïbes au Département d'études sur la résolution des conflits, Nova Southeastern University en Floride où il termine une étude doctorale dans le domaine des conflits internationaux. HPNInfo publie une entrevue que notre collaboratrice Marcia Moïse a réalisé avec ce défenseur des droits humains sur le traitement inhumain des compatriotes en Republique Dominicaine.


Bonne lecture !





Marcia Moïse: Parlez-nous de Haitian Dignity Matters?


Roland Joseph : Haitian Dignity Matters est un mouvement nouvellement créé dans le but de sensibiliser la société haïtienne, la diaspora et le monde sur le phénomène du racisme et de l'anti-haïtianisme dominicain. Autrement dit, dénoncer la manière brutale, violente et inhumaine des déportations des migrants haïtiens et dominicains d'origine haïtienne par le président Luis Abinader.


MM : Qu'est-ce qui vous a poussé à prendre une telle initiative ?


Roland Joseph : Tout le monde peut le constater à travers les reseaux sociaux les différentes vidéos provenant de la RD où nos compatriotes haïtiens, particulièrement les femmes enceintes et les enfants, sont victimes de discrimination raciale, de la brutalité des forces de l'ordre. La plupart d'entre eux sont assassinés, torturés et maltraités par la police, les forces armées dominicaines et certains citoyens dominicains avant de les déporter en Haïti.


MComment avez-vous procédé pour mettre en place cette nouvelle structure ?


Roland Joseph : Ma conscience humaine et citoyenne m'interpelle et je me suis dit « il faut que je fasse quelque chose ». La première chose que j'ai faite a été d'appeler des amis tels que le révérend Génor Zamor, le journaliste Joanel François, Nathalie Alfonce, Myriam Jeannis, Aline Martiale, le pasteur Ernst Pierre Vincent, Jean-Claude Zidor, vous-même Macia Moise, etc. D'autres compatriotes de la diaspora nous ont rejoints et du coup nous avons créé un groupe WhatsApp qui compte actuellement environ 200 haïtiens vivant en Haïti et dans la diaspora. Nous partageons non seulement des vidéos et des articles sur la situation des migrants haitiens mais aussi des idées sur l'origine du phénomène du racisme et l'anti-haitianisme dominicain. Selon certains medias, il n’y a pas de vérification des documents des migrants haïtiens. La plupart d'entre eux sont expulsées même s'ils ne sont pas en situation irrégulière. Tout se fait sur la base de votre couleur et si vous êtes originaire d'Haiti.


Quelles initiatives Haitian Dignity Matters a-t-elle déjà prises ?


Roland Joseph : Nous utilisons les réseaux sociaux et les médias traditionnels pour dénoncer le comportement raciste du gouvernement dominicain vis-à-vis de nos compatriotes et pour sensibiliser les Haïtiens d'Haïti et de la diaspora. Ainsi, de nombreux jeunes ont pris l'initiative d'organiser des manifestations pacifiques partout dans le monde pour forcer le président Luis Abinader à mettre fin à la déportation massive et violente des haitiens. Des manifestations ont eu lieu aux États-Unis, à Porto Rico et en Haïti.


De nombreuses interventions ont déjà été faites sur des stations de radio et de télévision, dans plusieurs églises en Haïti dans le cadre de cette campagne de sensibilisation. La semaine dernière, nous avons organisé une grande conférence virtuelle via Zoom autour du thème Responsabilité haïtienne face au racisme et à l'anti-haïtianisme dominicain avec de nombreux spécialistes des relations haïtiano-dominicaines dont le professeur Jean Prénor Brisenault, le professeur Réginald Pierre, le professeur Jean-Rony Monéstime André, et le journaliste Joël Léon. Nous avons également lancé une pétition qui compte déjà plus de 7 000 signatures sur tous les réseaux sociaux. Nous adressons cette pétition au Premier Ministre Ariel Henry, et au Chancelier haïtien, Jean Victor Généus pour leur demander d'entreprendre tous les recours prévus par le droit international, la diplomatie bilatérale dans l'intérêt de nos compatriotes en RD. Nous avons également l'intention, avec d'autres organisations de la société civile haïtienne, de soumettre cette pétition aux instances internationales telles que les Nations Unies. Vous savez qu'Haïti est signataire au même titre que la République Dominicaine de la Charte des Nations Unies et des conventions internationales relatives aux droits de l'homme.


La semaine dernière, vous avez souligné sur votre page Facebook que la réaction de l'ancien ministre haïtien des Affaires étrangères, M. Claude Joseph, aux déclarations du président Luis Abinader a intensifié les expulsions des Haïtiens. Comment pourriez-vous expliquer cela ?

Roland Joseph : La bataille diplomatique entre le président Abinader et l'ancien chancelier haïtien Claude Joseph a en quelque sorte intensifié les déportations des migrants haïtiens. Notre ancien ministre des Affaires étrangères doit être prudent lorsqu'il cherche à exploiter politiquement cette situation. L'approche du Dr Joseph peut augmenter sa popularité, mais en fin de compte, c'est le peuple haïtien qui en paie les conséquences. Claude Joseph doit cesser de Twitter ou d'écrire aux instances internationales pour agir contre la RD. Il devrait laisser à la société civile haïtienne le soin de le faire. Autrement dit, plus Claude Joseph interviendra sur la situation des migrants haïtiens en RD, plus il augmentera la colère du leader dominicain. Nous avons plus de 500, 000 haitiens en RD à protéger. Il faut être stratégique.


Êtes-vous favorable à la fermeture de la frontière entre la RD et Haïti ?

Nous soutenons tout mouvement nonviolent et pacifique des citoyens haïtiens pour forcer le président Luis Abinader à prendre conscience que nous sommes tous des êtres humains. En fermant la barrière, nos frères et sœurs de Ouanaminthe ont envoyé aux autorités dominicaines un message clair pour leur dire que Haiti n'est pas morte malgré nos moments difficiles. Nos frères et soeurs de Ouanamenthe ont dit aux autorités dominicaines la République d''Haiti ne se résume pas à des politiciens conrrompus, des traffiquants de drogues, des gangsters. Nous avons des femmes et des hommes de caractère, honnête, et intègre dans ce pays.


Qu'en est-il des dirigeants haïtiens ?

Roland Joseph : Nous demandons aux acteurs politiques haïtiens de prendre leurs responsabilités en créant un climat de paix durable dans le pays afin que les Haïtiens ne soient pas obligés d'aller en RD à la recherche d'une vie meilleure. J'invite les citoyens haïtiens à élire des hommes et des femmes de caractère capables de faire passer en premier les intérêts de la population. Si quelqu'un est soupçonné de corruption, de trafic de drogue, de financement de groupes armés et d'autres crimes, ne lui confiez pas les reines du pouvoir. En d'autres termes, la situation des Haïtiens en Haïti et en RD est le résultat de nos choix politiques au cours des 30 dernières années.

MM : Avez-vous un dernier mot ?


Roland Joseph : Nous sommes heureux de la solidarité de nombreux étrangers, notamment certains américains, qui soutiennent notre mouvement. Nous demandons à la diaspora haïtienne, et aux autres pays de ne pas se rendre en République dominicaine en solidarité avec les Haïtiens et les Dominicains noirs qui sont assassinés, maltraités, terrorisés et humiliés par les forces répressives dominicaines sous le regard complice et complaisant de Luis Abinader. Les haitiens doivent comprendre aussi qu'aucun autre pays, aucune organisation internationale, aucune organisation non gouvernementale ne peut rien faire pour Haïti si nous ne changeons pas notre mentalité. Bien sûr, nous avons besoin du soutien des autres pays, mais nous devons aussi comprendre qu'en matière de relations internationales, les états n'ont pas d'amis, ils n'ont pas d'ennemis. Les états n'ont que des intérêts. Essayons d'identifier nos intérêts dans nos relations avec les états. Pour le faire nous devons commencer par nous mettre ensemble, c'est-à-dire nous devons être en mesure de transcender nos intérêts personnels et mettre les intérêts de la collectivité au coeur de toute decision politique.


Interview exclusive réalisée par:

Marcia MOÏSE moisemarcha@gmail.com

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