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Haïti se meurt : Que faire ?



Si la République d’Haïti se veut une nation fière, forte de cette belle épopée historique qui l’a amenée à se défaire du joug de l’esclavagisme voilà plus de 2 siècles, elle connait aujourd’hui, pis encore que par le passé, des heures  sombres. Il faut croire que la boîte de Pandore s’est ouverte en terres haïtiennes. Résultats : pauvreté, chômage, corruption et insécurité rongent les entrailles de ce pays. Les faits en parlent éloquemment : l’économie accuse depuis des lustres une allure dégressive ; nombre de ménages peinent à joindre les deux bouts ; les gangs pullulent comme de la mauvaise herbe, semant la terreur et la mort ; l’Etat, lui, est à genoux ; dans la foulée, l’on voit fuir vers des horizons plus cléments les fils et les filles d’Haïti. A mesure que les dégâts s’accumulent, le pronostic s’assombrit. Le constat est clair : Haïti se meurt. Tous, entassés au chevet de son lit d’agonie, une seule interrogation hante nos esprits : Que faire ? Voilà une question épineuse ! Pour y répondre j’adresserai la problématique de cette crise multisectorielle chronique sous 3 angles : politique, économique et sécuritaire. Cela m’aura permis de comprendre les racines du mal et d'identifier les voies de sortie de crise.


De la crise politique

D’entrée de jeu, il faut dire qu’Haïti connait une période de transition politique post-duvaliériste longue comme le bras. Une transition dite démocratique « qui n’en finit pas », pour reprendre l’expression de Pierre Raymond DUMAS. Dans cette mouvance, les dirigeants politiques haïtiens ont fait une gestion inefficace des affaires publiques. La transition, plus d’une fois, a échoué ! Manque d’alternatives, annihilation des institutions, renforcement de la tutelle. Tels en ont été les corollaires. De Fanmi Lavalas à Convergence, en passant par Unité, RDNP, Pitit Dessalines pour aboutir au PHTK ; les divers partis et idéologies politiques qui ont partagé le pouvoir et la scène politique haïtienne ne sont pas parvenus à améliorer notre sort. Aujourd’hui, nous naviguons à contre-courant : l’ère démocratique et constitutionnelle n’est plus. Plus aucun élu ! Les institutions démocratiques n’existent que par leur nom.


De la crise économique

Force est de constater que l’ancienne perle des Antilles se débat dans un marasme économique inédit. Haïti figure parmi les derniers, tous classements confondus, dans toutes les études économiques internationales. Mais quelles en sont les causes ? Il faut partir du postulat qu’aucun pays au monde ne peut implémenter aucun projet de développement durable dans un climat d’instabilité politique, de violence et d’insécurité chronique. Or, ce mal chronique consume à petit feu cette portion d’île. 

 

En 2023, une étude réalisée en Haïti par la banque mondiale fait état d’une réalité effarante : notre PIB par habitant de 1694.1 dollars américains ; l’indice de développement humain (IDH) est de 0.552 ; la courbe de croissance économique, pour le quinquennat 2019-2023, est passée de 1.7 % à 1.9 %, accusant donc une certaine stagnation ; le taux d’inflation annuel, quant à celui-là, plafonne : 44.2 %. En outre, l’on prévoit une augmentation de  la pauvreté jusqu’à la barre des 58.0 %.


De la crise sécuritaire

Actuellement, il parait presqu’utopique de parler de sécurité en Haïti. Retenez votre souffle, les statistiques sont folles : 13 massacres de 2018 à 2021 ; 796 cas de kidnapping en 2020 et plus de 2 000 en 2021 ; plus de 2 000 personnes sont tombées sous les balles assassines de gangs armés ; plus de 10 000 déplacés dans la région métropolitaine de Port-au-Prince ; cerises sur le gâteau : un président démocratiquement élu et un bâtonnier de l’Ordre des avocats de Port-au-Prince ont été occis à leur propre domicile. Haïti semble être devenu une vaste étendue de terres insécures. Une jungle ! Meurtres, vols, viols, actes de vandalisme sont devenus des banals faits divers. Où sont les garants de l’ordre public ? Ils semblent manifestement dépassés par les événements.


Le triptyque politique-économie-sécurité témoigne bien du caractère multisectoriel de la crise haïtienne. Les éléments du triptyque ne sont pas isolés : la politique influence l'économie ; l'économie impacte la sécurité ; par conséquent, la politique influence la sécurité à travers son impact sur l'économie. D’autres imbrications d’impacts découlent aisément des trois, arborant ainsi une manière de système.


 Partant de ce raisonnement syllogistique simple, l’on peut arguer que la crise est bel et bien systémique. Et pour y remédier, il faut donc revoir ce système dans son ensemble. Mais comment s’y prendre ?


Voies de sortie de crise

A ma décharge : je n’ai nulle prétention de détenir la vérité ou d’être un adepte du culte de la pensée unique, mais le médecin que je suis croit qu’au mal qui gangrène les viscères d’Haïti, il n‘y a qu’un seul remède : une thérapeutique agressive. Qu’est-ce que j’entends par là ? Extirper le mal avec acharnement et sans délai ! Ce preste acharnement semble être justifié quand on se rappelle que la méthode traditionnelle a échoué. Cette approche aura permis de revoir le système ; système dans lequel seront préconisés d’autres mécanismes, priorisant notamment l’intégration de sang neuf, de jeunes technocrates, dans les espaces de pouvoir. Mais cette dynamique doit venir de l’intérieur. Elle passera d’abord par l’éveil d’une conscience populaire pour une responsabilité collective, s’en suivront en outre de grandes réformes.


Vers la responsabilité collective

Je parle à juste titre de responsabilité collective parce que nous autres, Haïtiens, sommes responsables de la pauvreté de notre pays, du marasme économique et de l’instabilité politique dans lesquels nous pataugeons, et de la gangstérisation des franges défavorisées. Cessons donc de blâmer l’international, assumons pleinement  la responsabilité de nos maux. Cessons d’être passifs, soyons actifs ! Cessons d’être les spectateurs de notre déchéance, soyons les acteurs de notre renaissance ! 


J’en appelle donc à un réel engagement de tout un chacun au processus démocratique, en participant aux mouvements sociopolitiques, comme nous l’avions fait pour le régime duvaliériste, en suivant de près les agissements de nos dirigeants, en leur demandant des comptes, comme pour les fonds PetroCaribe. C’est une façon de leur faire comprendre que nous ne voulons pas sombrer dans ce qu’ETIENNE de La Boétie appelle « la servitude volontaire ». Nous pourrons définitivement faire un exemple, divorcer avec l’impunité, créer la peur dans les rangs des ennemis de l’Etat, annihiler toute dissidence non constructrice et non progressiste, et ainsi couper court aux actes subversifs. La responsabilité collective, pensé-je, jumelée à l'action citoyenne, peut se révéler être une force puissante pour le changement, et son importance ne peut être sous-estimée dans la conjoncture actuelle.


Vers les grandes réformes

Rappelons-le : des réformes politiques, économiques et sécuritaires sont indispensables pour mettre fin au cycle infernal de l'instabilité et de la pauvreté d’Haïti. Cela inclut, entre autres, la lutte contre la corruption, le rétablissement de l'état de droit et un retour à l’ordre démocratique constitutionnel. Voyons succinctement ces quelques perspectives de réforme.


Pour ce qui est de l’économie, malgré les sombres nuages qui en obscurcissent l'horizon, je crois mordicus que des lueurs d'espoir peuvent naître des initiatives entrepreneuriales, notamment dans le domaine de l'agro-industrie. Le secteur agroindustriel a un potentiel économique extraordinaire et étonnement inexploité. Si l’on crée les conditions favorables à un retour à la terre et aux machines, Haïti pourrait facilement se positionner comme un acteur majeur de l'agro-industrie dans la région. Dans cette démarche, le rôle de la diaspora et de nos partenaires commerciaux de l’international n’est pas à négliger.


Parlant de la politique et de la lutte contre corruption et insécurité, l’appareil répressif se doit d’être plus fort et plus contraignant pour et envers tous. Je me demande s’il ne faut pas préconiser, dans bien des cas, la tolérance zéro : nos prisons, en plus d’être engorgées, ses murs tombent trop facilement. Il faut souligner que le fléau de l’insécurité est un problème de taille, nous ne pourrons pas livrer seuls cette bataille. Il faut impulser un vrai élan de solidarité à l’échelle internationale pour nous aider à éliminer les ennemis de l’Etat. Aussi, un engagement réel et sincère de nos dirigeants politiques, de la société civile et des pays amis est nécessaire pour mettre en œuvre ces réformes de manière efficace et durable.


Face à la crise monstrueuse qui consume Haïti, à mon humble avis, il est impératif que toutes les composantes nationales unissent leurs forces, qu'il s'agisse des autorités étatiques, du secteur privé ou de la société civile, en vue de trouver des solutions adaptées et durables : épurer et pacifier le pays, retourner à l’ordre démocratique constitutionnel, soutenir les initiatives entrepreneuriales, créer des emplois, construire un environnement propice aux affaires et garantir la sécurité juridique et physique. Ce sont là autant de mesures cruciales pour sortir le pays de l'ornière. En conjuguant nos efforts et notre volonté, nous pourrons surmonter les défis qui nous assaillent et ouvrir la voie à un avenir radieux et prospère pour notre chère nation. Mais si rien n’est fait, le pire adviendra !


Jim EMMANUEL

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