Haïti-ONU: "L’heure des manœuvres politiques est terminée " prévient le représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies en Haïti
- Marvens Pierre
- 21 janv.
- 2 min de lecture

À moins de trois semaines de l’échéance officielle de la transition politique, Haïti se trouve à un moment charnière, entre la promesse d’un retour à l’ordre constitutionnel et le spectre d’un nouveau vide institutionnel. C’est l’avertissement lancé ce mercredi à New York par le représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies en Haïti, Carlos Ruiz Massieu, lors d’une séance du Conseil de sécurité.
« Haïti est entrée dans une phase critique de son processus de restauration des institutions démocratiques », a déclaré le chef du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), appelant l’ensemble des acteurs nationaux, les autorités de transition, les partis politiques, la société civile, le secteur privé et les responsables religieux, à faire preuve de responsabilité.
« L’heure des manœuvres politiques est terminée », a-t-il martelé, exhortant chacun à placer l’intérêt national au-dessus des calculs partisans.
Cette mise en garde intervient dans un contexte de redéploiement progressif de l’ONU à Port-au-Prince, après près de deux années marquées par des évacuations successives dues à l’insécurité. Selon M. Ruiz Massieu, le retour du personnel international du BINUH, rendu possible grâce à des arrangements logistiques et sécuritaires régionaux, traduit une évolution de la dynamique sécuritaire dans une capitale encore largement sous l’emprise des gangs armés.
Sur le plan politique, le responsable onusien a salué l’adoption du décret électoral le 1er décembre 2025 et la publication, le 23 décembre, d’un calendrier électoral. Des avancées qu’il considère comme un cadre opérationnel indispensable après plusieurs années de blocage, même si aucune date précise de scrutin n’a encore été annoncée. Les Haïtiens n’ont plus voté depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021. Depuis 2024, le pays est dirigé par un Conseil présidentiel de transition, avec pour mission d’organiser des élections générales avant le 7 février.
Mais sur le terrain, la situation sécuritaire demeure extrêmement préoccupante. En 2025, les homicides intentionnels ont augmenté d’environ 20 %, tandis que les gangs continuent de contrôler des axes économiques et agricoles stratégiques, provoquant des déplacements massifs de population. « Les gangs démontrent toujours leur capacité à mener des attaques coordonnées », a constaté le diplomate mexicain.
Il a toutefois relevé une pression des forces de sécurité nationales, appuyées par la Force de répression des gangs (FRG), mission multinationale non onusienne autorisée par le Conseil de sécurité fin septembre. Cette présence a permis, selon lui, la réouverture de certaines routes et un retour limité de l’autorité de l’État autour du Champ de Mars, haut lieu symbolique du pouvoir. La FRG devrait atteindre à terme un effectif de 5 550 soldats et policiers internationaux, avec l’appui logistique et financier du Bureau d’appui des Nations unies en Haïti (BANUH), dont l’opérationnalisation complète est attendue pour le 31 mars 2026.
Yves Paul LÉANDRE



















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