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Crise Politique : Haïti, le pays où les gangs armés redéfinissent la vie



Définitivement, en Haïti, il n’y a plus aucun guide vers l’avenir. Même les plus optimistes ne répugnent plus à l’accepter. C’est un fait ! En attendant le miracle de la force multinationale Made in Kenya, nous sommes foutus… ou presque. Sans mentir, nous sommes foutus tout court. Horriblement laide et idéellement révoltante, la réalité actuelle d’Haïti est ce qu’elle est, mais aussi ce qu’elle ne devrait pas être. Notre vie, celles de nos enfants et nos proches sont entre les mains de va-nu-pieds armés jusqu’aux dents, dont la cervelle est dix fois plus petite que la taille d’une balle conique 9 millimètres. Des morts qui respirent, voilà qui nous sommes à cause de notre « résilience-née », cette vertu vicieuse que nous sommes plusieurs millions d’Haïtiens à porter comme un triste virus national.


En un demi-week-end, une poignée de redoutables hors la loi ont refait le portrait déjà très sombre de la fameuse République de Port-au-Prince, où se concentrent, se mélangent et se confondent pêle-mêle nos bâtiments publics, nos établissements scolaires, nos églises, nos petits commerces, nos entreprises, nos bric-à-brac, nos marchés publics, nos misères, nos fatras et nos chiasses… En un clin d’œil, les gangs armés, programmés ou autoprogrammés (le doute étant notre seule certitude), se sont rendus coupables de toutes les formes possibles de bestialité, de malhonnêteté, de méchanceté et d’inhumanité, sans que rien ni personne ne puisse les arrêter. Les chefs illégitimement légitimés par notre silence et notre permissivité se sont tus, au premier rang desquels Ariel Henry et Frantz Elbé, pour laisser s’exprimer inhumainement les chefs de bandes criminelles à nos dépens, et aux dépens de ce qui reste encore d’Haïti. A la faiblesse frappante du Gouvernement s’est cruellement opposée la force de frappe monstrueuse des hommes armés de Martissant, du Bel-Air, de la Croix-des-Bouquets, de Canaan…, qui ont inauguré l’ère des évasions spectaculaires de prison, érigé la pyromanie en principe d’autorité, transformant au final le souffle humain en nourriture pour chiens errants. D’où, l’odeur de cadavres putréfiés empuantit les rues de la capitale.


Tout compte fait, les gangs armés ont redéfini la vie à Port-au-Prince, en commençant par forcer le Gouvernement à faire quelque peu comme eux, à savoir limiter nos déplacements ; non par les armes, mais par l’instauration d’un couvre-feu renouvelable. On avait déjà perdu des territoires, maintenant nos heures de circulation sont réduites. Entretemps, à la réflexion une question s’impose : que vaut le slogan trompeur « Lekòl pa ka tann », dans ce contexte où tous les parents encore lucides gardent chez eux leurs enfants, faute de protection d’Etat ? Où, en présentiel comme en distanciel, toutes les portes de toutes les écoles sont fermées ? C’est vraiment définitif, il n’y a plus de guide vers l’avenir. En gros, dans l’attente du secours d’une Communauté Internationale complice ou comploteuse, il n’y a pas d’avenir du tout. C’est une infantile méprise de croire que ce sont les gangs qui dirigent, aujourd’hui. Le pays n’est toujours ni administré, ni dirigé par qui que ce soit. Diriger, au sens où l’éminentissime constitutionnaliste Monferrier Dorval l’entendait, c’est savoir réellement où l’on est et déterminer parfaitement où l’on va. Qu’il s’appelle Izo, Barbecue, Ti Lapli ou Vitelhomme, les caïds armés nous trainent par les tripes, sans même savoir où ils vont, ni où ils nous emmènent. Dans leur folie cynique, ils ne veulent qu’une chose : donner à notre vie leur propre sens. Donc, aucun sens.


GeorGes E. Allen

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